Des législatives inclusives pour la démocratie béninoise

Article : Des législatives inclusives pour la démocratie béninoise
24 avril 2019

Des législatives inclusives pour la démocratie béninoise

Vingt-neuf ans après son instauration avec la Conférence des forces vives de la Nation, la démocratie béninoise est sous la menace pesante d’un coup d’Etat constitutionnel.

Le Nouveau départ : une rupture avec la démocratie

Installé suite à la présidentielle de mars 2016, le régime du nouveau départ* ne cesse de révéler son mépris à l’égard de la démocratie béninoise, jusque-là modèle dans la sous-région.
En février 1990, la Conférence des forces vives de la Nation jetait les bases du renouveau démocratique avec pour fondements le pluralisme politique, la liberté d’expression, le droit de manifestation et de revendication, etc. Mais, 29 ans après, les acquis de cette historique conférence s’érodent sous le joug du nouveau départ. De la restriction de la liberté d’expression, des manifestations en passant par le retrait du droit de grève, et l’absence de l’opposition aux législatives de 2019, la démocratie béninoise s’étouffe.
Le droit de vote, le multipartisme intégral, le pluralisme démocratique et les élections libres et démocratiques sont des éléments indissociables dans une démocratie. Cependant, le régime du nouveau départ s’obstine à tenir les élections législatives de 2019 sans l’opposition. Assurer la bonne marche du processus démocratique ainsi que la sauvegarde de ses acquis dans un désert de compétences (pour citer le chef de l’état), le régime de la rupture rompt la tradition démocratique avec des élections législatives monocolores. Depuis son avènement, il s’agit des premières élections à l’ère du nouveau départ lesquelles rompent avec la démocratie.
En effet, seuls deux partis politiques tous les deux de la mouvance ont vu leurs dossiers de candidatures validés par la Commission électorale. Les partis de l’opposition ont quant à eux vu leur dossier de candidature rejeté soit pour défaut de document manquants soit pour défaut certificat de conformité. Il faut souligner qu’en plein processus électoral, la Cour s’est substituée au législateur en instaurant la présentation d’un certificat de conformité aux partis politiques. Pourtant, ce certificat est absent dans la loi n°2018-31 du 9 octobre 2018 portant code électoral en République du Bénin ainsi que dans la loi n°2018-23 du 17 septembre 2018 portant charte des partis politiques en République du Bénin préalablement voté par le législateur et certifié conforme à la constitution par la Cour constitutionnelle elle-même et dont les décisions sont sans recours.
Dans cette situation, le président n’a manifesté aucune volonté politique pour permettre aux partis de l’opposition de se présenter en vue de l’organisation d’élections inclusives. Lors de sa sortie médiatique du 11 avril 2019, il a confié que prendre une ordonnance en vue de modifier le processus électoral serait un coup d’Etat contre la démocratie béninoise. Sauf que ce coup d’Etat contre la démocratie de notre pays est en cours depuis l’avènement du nouveau départ et ces élections législatives de 2019 n’en sont qu’une révélation.

Ce qui se joue en ce moment, c’est le destin de notre pays.


La situation que traverse notre cher pays le Bénin ne saurait laisser quiconque dans l’indifférence. Ceci va bien au-delà de l’intérêt personnel. Il est question de l’intérêt supérieur de la Nation et des acquis démocratiques chèrement acquis par nos parents à la Conférence des forces vives de la Nation de février 1990. Ces acquis démocratiques qui constituent aujourd’hui le fondement de notre démocratie sont mis à rude épreuve. Pour la première fois à l’ère du Renouveau démocratique, le Bénin est sous la menace pesante d’un holdup up électoral avec l’absence des partis de l’opposition aux législatives de 2019. Pouvoir au peuple est un principe fondamental de la démocratie qui ne doit en aucun cas être remis en cause. Mais aller à des élections législatives sans les partis politiques de l’opposition c’est aller à la ruine de notre démocratie.
Essayons de réaliser à quel point c’est dangereux pour nous citoyens, jeunes et pour le Bénin que le régime au pouvoir ait la majorité absolue des députés au parlement. Toutes les lois, toutes les décisions passeront désormais sans aucune inquiétude et le peuple aura perdu son droit à la parole et donc sa légitimité.
#PourLaDemocratieBeninoise, il nous faut des législatives inclusives.

*Slogan de l’actuel président béninois, Patrice Talon.

Édit : les élections législatives béninoises ont bien eu lieu dimanche 28 avril, malgré un fort taux d’abstention. Depuis, l’opposition demande l’arrêt du processus électoral

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